Ecrire avec les écrivains – Charles Juliet « Lambeaux »

Rien de mieux pour apprendre que d’imiter. C’est ainsi que les enfants apprennent à parler et à vivre en société. C’est vrai pour la peinture, où l’on apprend en copiant les grands peintres, de la sculpture où l’on copie les grands sculpteurs et c’est aussi vrai de l’écriture. Rien de mieux que les techniques d’écrivains pour sentir et ressentir l’expérience de l’écrit. Je vous propose une contrainte d’écriture basée sur le style du poète et écrivain Charles Juliet.

D’abord, lecture du texte, extrait de « Lambeaux« , puis la proposition elle-même.

Contrainte d écriture avec Charles juliet
Lambeaux


Le texte : « Lambeaux » de Charles Juliet

Tout d’abord, lire l’extrait du livre (il s’agit du début du roman de Juliet « Lambeaux« ) :

      Tu es l’aînée et c’est toi qui t’occupes d’elles. Le plus souvent, la mère est dehors, dans les champs, à travailler avec le père. Toi, rivée à la maison, très tôt astreinte aux soins du ménage, aux multiples tâches liées à la vie de la ferme.
L’hiver venu, dans la petite usine d’un village proche, la mère est employée à monter des horloges. Quatre kilomètres le matin, et le soir, autant pour le retour. A pied. Presque toujours dans le froid, le brouillard et la neige.
Le bruit de la lourde porte en bois massif, volontairement claquée, a charge de te tirer du sommeil. Encore une demi-heure à paresser et combien tu la savoures. La chambre glaciale où règne encore la nuit. Tes yeux grands ouverts, et ta joie secrète à être seule, à écouter le silence, à jouir de ce repos avant que ne commence la rude journée qui t’attend. En haut de la fenêtre, sur la pellicule de glace qui couvre les vitres, tu te plais à voir briller ces fines paillettes or qu’avivent les dernières étoiles. Tu rêves, songes à ce que sera ta vie; cherches à imaginer ce monde dont tu souffres de ne rien savoir. La chaise vide près du lit. Les murs nus que tu commences à distinguer. Les chiffons tassés contre le bas de la porte et des fenêtres. Parfois, le vent qui siffle, mugit, heurte les murs, fait claquer le volet d’une grange. A l’idée d’avoir à affronter le froid, tout ton être se rétracte. Ces secondes où tu luttes avec toi-même, t’exhortes, renonces, te houspilles. Puis les escaliers descendus en frissonnant, tes mains pétrissent tes épaules. La porte à peine poussée, le chien bondit, te fait fête et tu ne parviens pas à le calmer. Il est lourd, puissant, et quand tes bras ou ta poitrine ont à souffrir de ses griffes, tu le repousses en silence, d’un geste vite réprimé, soucieuse de ne pas mettre fin à sa joie. Tu t’habilles en hâte, allumes la cuisinière, prépares les déjeuners. Tu es l’aînée, et c’est toi qui leur sers de mère. Rolande, Régine, Andrée. Plus jeunes que toi de deux, trois et cinq ans. A l’heure fixée, tu les appelles, elles descendent, et rien ne t’émeut plus que de les voir apparaître l’une après l’autre, à moitié endormies, les cheveux emmêlés, se frottant les yeux du revers de la main.
La journée commence, et jusqu’à l’instant de regagner ta chambre tu n’auras aucun répit.

La contrainte d’écriture

Vous aussi, choisissez un personnage, réel ou imaginaire, et racontez un fragment de sa journée, un matin ou un autre moment, à la manière de Charles Juliet. C’est-à-dire, en utilisant l’artifice qu’il utilise, lui : il s’adresse à son personnage en la tutoyant. Ce tutoiement nous rapproche, nous lecteurs, du personnage. En même temps, il cree une distance entre l’auteur et son personnage.

Vous aussi, utilisez le « tu » pour parler de votre personnage, et décrivez, comme Charles Juliet le fait, ce que le personnage entend, ce qu’il voit, ce qu’il fait, ce qu’il ressent, avec la même économie de mots, de sensations et de pensées. Faites des phrases courtes, en décrivant les actions, et gardez implicites les sentiments du ou des personnages tout au long de votre texte.

Pour aller plus loin

Il existe d’autres auteurs qui utilisent le changement de pronom comme un outil, changent du « je » et ont un effet certain sur leurs lecteurs. Vous pouvez pour cela lire Julie Otsuka « Certaines n’avaient jamais vu la mer« , ou Valérie Mréjen.

Qui est Charles Juliet

Charles Juliet est un poète et écrivain contemporain. Pour plus d’informations, vous pouvez lire sa biographie  sur Babelio ou découvrir sa bibliographie là.

Mettez vos textes en commentaire, je vous répondrais avec un retour.

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