Ecrire avec style par Raymond Queneau

Exercez son style, c’est choisir un point de vue : lequel choisissez-vous ? Ou comme Raymond Queneau, vous pouvez décider de les choisir tous !

Je vous propose une contrainte d’écriture imaginée par Raymond Queneau en 1947 dans son livre « Exercices de style ».  Ce sont les deux contraintes plébiscitées par les étudiants de l’ECV Digital lorsqu’ils ont eu à choisir quel exercice ils souhaitaient imiter : la précision et l’hésitation.

 

Exercez son style c'est choisir un point de vue : lequel choisissez-vous ? Ou comme Raymond Queneau, décidez de les choisir tous!
Exercez son style c’est choisir un point de vue : oui, mais lequel?

 

Proposition en plusieurs étapes

  1. Lire l’exercice de style de départ « Notations« 

Notations.

Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s’irrite contre un voisin.

Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.

Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint- Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : « tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. »; il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi.

2. Décrire une situation de la vie quotidienne, que le narrateur observe ou vit.

Décrire en quelques lignes, pas plus, une situation quotidienne vécue ou inventée, comme Raymond Queneau le fait dans « Notations » c’est-à-dire sans forcément réciter ou raconter, simplement rapporter les faits.

3. Lire les « Exercices de style » suivant : Précisions et Hésitations.

Hésitations.

Je ne sais pas très bien où ça se passait… dans une église, une poubelle, un charnier ? Un autobus peut-être ? Il y avait là… mais qu’est-ce qu’il y avait donc là ? Des œufs, des tapis, des radis ? Des squelettes ? Oui, mais avec encore leur chair autour, et vivants. Je crois bien que c’est ça. Des gens dans un autobus. Mais il y en avait un (ou deux ?) qui se faisait remarquer, je ne sais plus très bien par quoi. Par sa mégalomanie ? Par son adiposité ? Par sa mélancolie ? Mieux… plus exactement… par sa jeunesse ornée d’un long… nez ? menton ? pouce ? non : cou, et d’un chapeau étrange, étrange, étrange. Il se prit de querelle, oui c’est ça, avec sans doute un autre voyageur (homme ou femme ? enfant ou vieillard ?) Cela se termina, cela finit bien par se terminer d’une façon quelconque, probablement par la fuite de l’un des deux adversaires.

Je crois bien que c’est le même personnage que je rencontrai, mais où ? Devant une église ? devant un charnier ? devant une poubelle ? Avec un camarade qui devait lui parler de quelque chose, mais de quoi ? de quoi ? de quoi ?

 

Précisions.

Dans un autobus de la ligne S, long de 10 mètres, large de 2,1, haut de 3,5, à 3 km. 600 de son point de départ, alors qu’il était chargé de 48 personnes, à 12 h. 17, un individu de sexe masculin, âgé de 27 ans 3 mois 8 jours, taille de 1 m 72 et pesant 65 kg et portant sur la tête un chapeau haut de 17 centimètres dont la calotte était entourée d’un ruban long de 35 centimètres, interpelle un homme âgé de 48 ans 4 mois 3 jours et de taille 1 m 68 et pesant 77 kg., au moyen de 14 mots dont l’énonciation dura 5 secondes et qui faisaient allusion à des déplacements involontaires de 15 à 20 millimètres. Il va ensuite s’asseoir à quelque 2 m. 10 de là.

118 minutes plus tard il se trouvait à 10 mètres de la gare Saint-Lazare, entrée banlieue, et se promenait de long en large sur un trajet de 30 mètres avec un camarade âgé de 28 ans,taille 1 m. 70 et pesant 71 kg. qui lui conseilla en 15 mots de déplacer de 5 centimètres, dans la direction du zénith, un bouton de 3 centimètres de diamètre.

4. Ré-écrire votre situation initiale, en utilisant l’hésitation, comme Raymond Queneau, pour caractériser la voix de votre narrateur, puis la précision.

Ces contraintes fortes donnent chacune une voix puissante au narrateur. C’est le pouvoir du changement de point de vue sur une situation, tiré à son paroxysme. Elles donnent des textes souvent drôles, un peu absurdes parfois.

Les étudiants se sont admirablement approprié les consignes. Des précisions originales, de vraies voix de personnages hésitants, absurdes, surpris, etc….

Proposition supplémentaire

Vous pouvez bien sûr choisir un autre des « exercices de style » de Raymond Queneau, ou prendre comme exemple l’ouvrage d’Hervé Le Tellier « Joconde jusqu’à 100 », qui rend hommage à Raymond Queneau en offrant 99+1 point de vue différents sur la Joconde.

A vos stylos !

Sources – lire plus – savoir plus :

« Exercices de Style » de Raymond Queneau, présenté par Vincent Mespoulet

« Zazie dans le métro » de Raymond Queneau ou le film du même nom, par Louis Malle

« Joconde jusqu’à 100 » d’Hervé Le Tellier, puis « Joconde pour votre indulgence »

Raymond Queneau, co-fondateur de l’OuLiPo, Ouvroir de Littérature Potentielle

L’image ci-dessus vient des archives de l’excellent blog littéraire Saint-Henri, hébergé maintenant  sur wordpress.

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Je déteste les fautes de grammaire et d’orthographe : si par hasard, une erreur a échappé à ma vigilance, dites-le moi. Merci de votre aide.

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