Mes parents ne parlent pas yiddish, leurs parents ne le leur ont pas appris.

Ma mère corrigeait d’ailleurs systématiquement le peu de mots yiddish que ma cousine connaissait, lorsqu’elle nommait les plats en yiddish, par des mots polonais (probablement ce qui se passait dans la maison de ses propres parents).

Je ne m’y étais jamais intéressée.

J’étais invitée dimanche dernier et j’ai eu le privilège d’assister à un très beau concert, la rencontre exceptionnelle de Jean-François Zygel et de Talila, autour d’un cycle sur la langue yiddish, par Adath Shalom.

Jean-François Zygel a démarré la soirée magnifiquement au piano. Puis Talila a commencé à parler.

Elle s’est mise à chanter, et je me suis mise à pleurer. Une pluie de larmes invraisemblable et inattendue est sortie de mes yeux comme si elle n’attendait que ça depuis longtemps : un chant yiddish pour enfant, une berceuse en vérité.

J’ai fait de l’allemand à l’école, je comprenais donc quelques mots deci-delà. Talila traduisait en chantant ou simplement en parlant avant ou après la chanson. Que de poésie dans ces chansons du passé !

J’ai pleuré pendant tout le concert, ou presque. Pas seulement mes yeux, mais mon nez, mon visage, (il est très embarrassant de chercher des mouchoirs en tentant désespérément de ne pas renifler, la gorge serrée d’une émotion comme une vague qui vous emporte loin en vous).

A un moment, j’ai senti des papillons dans le ventre, vous savez, ceux que l’on a lorsque l’on tombe amoureux. Je suis tombée amoureuse de la langue de mes arrières-grand-parents. Je suppose qu’il était temps. Une langue qui me touche tant, que j’avais refusé de l’entendre pendant trente-cinq ans.

J’ai eu cette chance de rencontrer le yiddish de la meilleure manière qui soit, expliqué par Jean-François Zygel, illuminé de sa virtuosité, de la magnifique voix et de la présence de Talila.

Talila promène son yiddish blues depuis longtemps. Vous pouvez l’écouter, acheter ses disques et même la lire, car elle a aussi écrit un livre « notre langue d’intérieur« .

Talila est une cantadora, à la manière de Clarissa Pinkola-Estes ; chanteuse, mais aussi conteuse de la mémoire, guérisseuse à travers les histoires.

Jean-François Zygel qui l’accompagnait, pianiste, professeur de d’écriture de musique et d’improvisation, est un superbe pédagogue, et un fantastique musicien. Grâce à lui, la musique yiddish en Europe, puis son entrée aux Etats-Unis deviennent limpides, simples.

Ils nous ont entrainer dans l’histoire et les métamorphoses de la musique yiddish, son flirt avec le classique, sa rencontre avec le jazz, ses transformations. Une langue qui porte la vie.

Grâce à eux, j’ai redécouvert le goût d’une langue perdue, langue d’origine, langue cachée soudain resurgie.

Merci !

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